Italie: Meloni attaque la magistrature après la libération d'un organisateur présumé des manifestations
Une "décision honteuse": la Première ministre italienne Giorgia Meloni a condamné mercredi la remise en liberté décidée par la justice d'un jeune Italien qui avait appelé à manifester sur les réseaux sociaux et a notamment été accusé de "terrorisme".
Une juge du tribunal de Milan a invalidé mercredi le placement en garde à vue du jeune homme, rejetant la requête du parquet qui avait demandé son placement en détention provisoire, selon les médias italiens. Contactée par l'AFP, son avocate n'a pas pu être jointe mercredi.
La Première ministre italienne Giorgia Meloni a immédiatement qualifié cette décision de justice d'"honteuse" sur ses réseaux sociaux.
De son côté, l'Association nationale des magistrats a exprimé dans un communiqué sa pleine solidarité à la juge de Milan, "qui a fait l’objet d’une attaque désordonnée de la part de la présidente du Conseil des ministres".
"La délégitimation des collègues, y compris de la part de ceux qui occupent les plus hautes charges institutionnelles, constitue (...) un exercice désormais habituel d’intimidation qui ne devrait pas appartenir à un État de droit", écrivent-ils, rappelant que "l’autonomie et l’indépendance de la magistrature sont deux piliers de la démocratie".
Les manifestations du 17 octobre avaient été marquées par une rare mobilisation en Italie contre le gouvernement et la vie chère, ainsi que par des violences et des dégradations à Milan, notamment.
Youssef Siher, trentenaire diplômé en sciences politiques, avait - après ces manifestations - créé la page Instagram et le canal Telegram "Mouvement du 17 octobre", selon le parquet de Milan.
Suivie mercredi par plus de 50.000 personnes, la page Instagram appelle à manifester chaque samedi dans huit villes italiennes, et propose une aide légale pour les manifestants interpellés.
Youssef Siher est accusé "d’incitation à commettre des infractions avec la circonstance aggravante du terrorisme et de violence organisée lors d’une manifestation sur la voie publique", selon la demande de placement en détention provisoire, citée dans la presse.
Le jeune homme d'origine marocaine, militant propalestinien, est l'un des premiers à se voir reprocher le nouveau délit de "violence organisée en manifestation publique", créé le 22 octobre par un décret du gouvernement d'extrême droite de Giorgia Meloni, qui prévoit 4 à 12 ans de prison ferme pour les organisateurs de ces manifestations.
"Il s’agit là d’une mortification insupportable du travail des forces de l’ordre (...) et, plus généralement, de tous ceux qui s’emploient à défendre les honnêtes gens contre le risque de voir leurs villes et leurs commerces dévastés", a commenté Giorgia Meloni sur X et Instagram.
- "Bouc émissaire" -
Interrogée mercredi soir à l'issue d'un conseil des ministres, la cheffe du gouvernement italien a maintenu sa position: "je ne considère pas ce que j’ai dit comme une attaque, je le vois comme une défense, comme une défense du travail que je connais, de tous les serviteurs de l’État qui ont travaillé avec un énorme dévouement pour éviter que ce que nous avons vu le 17 octobre ne se répète, et cela ne s’est pas répété".
Après les premières manifestations, et en amont d'une grève générale prévue vendredi, le gouvernement italien a procédé à de nombreuses interpellations de militants et mobilisé l'armée dans le centre de Milan.
La page du "Mouvement du 17 octobre" dit s'inspirer de la révolution égyptienne de 2011 ou du mouvement Occupy. "L'Etat nous pisse dessus et les médias nous font croire qu'il pleut, Meloni déclare la guerre au futur de ce pays, nous déclarons la guerre à ce présent infâme", pouvait-on encore y lire mercredi.
Selon le parquet de Milan, "cette incitation publique à manifester violemment de façon répétée véhiculait un message fortement symbolique, apte à déstabiliser" et "à diffuser la peur dans la population".
Mais d'après la décision de la juge diffusée par l'agence AGI, "la personne mise en examen n’évoque jamais le recours à des actions violentes ni l’adoption d’autres comportements constituant des infractions pénales".
Après des études à Milan, Youssef Siher a fait un stage de recherche en géopolitique et collaboré avec des journaux de gauche comme "Il Fatto Quotidiano", selon sa page LinkedIn.
Plusieurs défenseurs du militant, comme le mouvement italien des Jeunes Palestiniens, ont accusé le gouvernement italien de chercher à créer un "bouc émissaire" face au mouvement de contestation en cours.
Les principaux partis de centre gauche ont demandé que la Première ministre italienne vienne s'exprimer devant le Parlement sur le thème de la sécurité.
"Vous aviez trouvé le coupable parfait, l’Oussama ben Laden de Brescia (...) Et maintenant vous dites que c’est la faute des juges ?", a lancé mercredi dans l'hémicycle Riccardo Ricciardi, du Mouvement Cinq étoiles.
S.Leroy--MJ