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Des migrants s'enracinent au Mexique après le blocage du "rêve américain" par Trump
Des migrants s'enracinent au Mexique après le blocage du "rêve américain" par Trump / Photo: Guillermo Arias - AFP

Des migrants s'enracinent au Mexique après le blocage du "rêve américain" par Trump

Milko García avait rendez-vous à la frontière des États-Unis pour demander l'asile le 22 janvier 2025. Mais deux jours plus tôt, Donald Trump était revenu au pouvoir et avait mis fin à ce dispositif migratoire.

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Ce Vénézuélien de 29 ans s'est alors retrouvé bloqué dans la ville frontalière de Tijuana, où il s'est installé et a commencé à laisser derrière lui l'idée du "rêve américain".

"De belles opportunités se sont présentées à moi et je me sens à l’aise au Mexique", dit à l'AFP Milko García, qui travaille comme agent immobilier.

"Je ne recommencerais pas à zéro" aux États-Unis, affirme-t-il. Donald Trump a fermé la frontière, multiplié les rafles de migrants et les expulsions.

Et il a ordonné la fin de CBP One, une application mobile qui permettait d'obtenir un rendez-vous pour demander une protection à la frontière.

En janvier 2025, CBP One comptait 270.000 dossiers ouverts, dont 30.000 avec rendez-vous pour traverser depuis le Mexique. Milko García et son frère figuraient parmi eux.

La nouvelle a laissé stupéfaits les migrants rassemblés devant le poste frontalier de Tijuana. "Nous avons pensé : +pour l’instant, ce n'est pas possible, mais peut-être que dans quelques mois, si+", se souvient Milko García.

Le Mexique a fini par devenir son foyer. Il écarte pour l'instant l'idée de quitter ce pays, même si le parti de Trump perdait la présidence en 2028.

Un passage clandestin ne lui traverse pas l’esprit : "Ils demandent 10.000 dollars, autant investir dans quelque chose" à Tijuana, fait-il valoir.

– "Tijuana m’a pris dans ses bras" –

Milko García est arrivé au Mexique après avoir traversé la dangereuse jungle du Darién, frontalière entre la Colombie et le Panama. Sa famille avait émigré au Pérou en 2014 pour fuir la crise au Venezuela.

"Ma sœur vivait aux États-Unis et on supposait qu’il y avait plus d'opportunités là-bas", se remémore-t-il.

Heiri Maya, également Vénézuélienne, âgée de 27 ans, est arrivée en 2022 et n’a pas réussi à être retenue par CBP One. Elle a travaillé dans le tourisme, son métier, et il y a un mois elle a ouvert un petit restaurant.

"Tijuana m'a pris dans ses bras", dit-elle.

Une enquête réalisée dans la région en 2025 par l'agence de l'ONU pour les migrations révèle que 45 % des personnes interrogées ont décidé de faire du Mexique leur foyer.

Heiri Maya se réjouit de ne pas vivre dans l'"angoisse" que connaissent ses amis vénézuéliens qui, eux, sont arrivés aux États-Unis. "Ils ont dû rester cloîtrés chez eux, beaucoup sont déjà en train de rentrer".

– Une migration au compte-gouttes –

Les refuges de Tijuana, autrefois saturés, ont fermé ou accueillent très peu de monde. C’est le cas du Mouvement Juventud 2000, qui n'héberge plus qu’une dizaine de personnes.

Donald Trump "a réussi à freiner les mouvements massifs", reconnaît son directeur, José María García, qui se démène pour maintenir le lieu ouvert avec des dons minimes.

Les rares migrants qui arrivent tentent leur chance dans des passages clandestins ou tombent entre les mains de criminels.

"Ils partent vers des endroits plus éloignés, beaucoup ont peut-être atteint leur objectif, ou bien ils disparaissent", explique-t-il.

Sur un autre front, l’organisation Al Otro Lado fournit une assistance juridique. À l’époque de CBP One, elle était débordée.

"Il a été très difficile de faire comprendre (aux migrants) que c'était fini, que la frontière était fermée", se souvient la directrice adjointe Soraya Vázquez.

Le Mexique a reçu en 2025 quelque 70.500 demandes d’asile, selon l’agence de l'ONU pour les réfugiés. La moitié a été déposée à Tapachula, à la frontière avec le Guatemala, où des dizaines de milliers de personnes restent bloquées.

Alpha Oumar Diallo, 37 ans, dit avoir quitté la Guinée en 2024 pour des "raisons politiques". "Sincèrement, ce n'est pas mon programme d’arriver aux États-Unis". "Si je pouvais obtenir mes papiers, trouver un travail ici et réunir ma famille pour que nous puissions vivre ensemble, ce serait le paradis sur terre", dit-il avec espoir.

P.Dubois--MJ