Monaco Journal - "Plus de poigne": pour les colons de Cisjordanie, Netanyahu ne suffit plus

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"Plus de poigne": pour les colons de Cisjordanie, Netanyahu ne suffit plus
"Plus de poigne": pour les colons de Cisjordanie, Netanyahu ne suffit plus / Photo: Ilia YEFIMOVICH - AFP

"Plus de poigne": pour les colons de Cisjordanie, Netanyahu ne suffit plus

Dans le bureau de vote de la colonie israélienne de Kiryat Arba, fief de l'extrême droite, au sud de la Cisjordanie occupée, Lishay Cooper est convaincue que le pays a besoin d'un dirigeant plus ferme que le Premier ministre Benjamin Netanyahu, pourtant notoirement belliciste.

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"Netanyahu a fait des erreurs, on ne peut pas compter sur lui", assène cette jeune libraire de 22 ans. "On a besoin de quelqu'un qui a plus de poigne", dit-elle à l'AFP après avoir voté aux législatives mardi.

Lishay Cooper s'est radicalisée après l'attaque du mouvement palestinien Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, dans laquelle elle a perdu des amis.

Derrière elle, des partisans de M. Netanyahu, engagé dans une lutte serrée pour sa réélection, distribuent des tracts, tout en sachant ne pas être en terrain conquis.

Ici, les électeurs lui préfèrent les personnalités d'extrême droite Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, ministres dans le gouvernement actuel, le plus à droite de l'histoire d'Israël et le plus favorable aux colonies - illégales au regard du droit international.

D'ailleurs, pour Lishay Cooper comme pour d'autres, dans l'urne "ce sera soit Ben Gvir", soit un candidat sioniste proche de M. Smotrich. "Ils ont montré qu'ils ne laisseraient pas se produire" d'autres attaques.

Quelque 500.000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie, territoire occupé depuis 1967, aux côtés d'environ trois millions de Palestiniens, dans un climat de violence exacerbée depuis le 7-Octobre. Et qui s'est encore tendu à l'approche des élections, avec des attaques quasi quotidiennes de colons juifs contre des Palestiniens.

- Loi religieuse -

Meir Menahem, 67 ans, passé dans l'isoloir juste après Itamar Ben Gvir lui-même, a deux priorités: la pérennité de la colonisation et le caractère juif du pays.

Il fustige les partis traditionnels favorables, selon lui, aux cadres juridiques inspirés du droit international, disant préférer une gouvernance fondée sur la loi religieuse juive.

"Ils veulent faire partie du monde, mais nous, nous ne le voulons pas", proclame-t-il, pistolet glissé sous pistolet glissé sous son rekel, le manteau typique des juifs ultra-orthodoxes.

De son côté, Eliya Tzeiri, étudiant de 22 ans d'une yeshiva (école religieuse), craint que la colonisation ne soit freinée en cas de défaite dans les urnes de son camp. "Les colonies nouvellement établies vont être évacuées et ce sera une honte".

Collée à Kiryat Arba, se trouve Hébron, la plus grande ville palestinienne de Cisjordanie avec ses 250.000 habitants. Quelque 500 colons y ont élu domicile, dans la vieille ville, et se sont rendus en masse aux urnes.

Certains, refusant de parler aux journalistes, sont restés pour discuter entre eux après leur vote, dans ce quartier situé à deux pas du Caveau des Patriarches, connu des musulmans sous le nom de mosquée d'Ibrahim, un lieu sacré pour les deux religions au centre des tensions.

Mais les rues autrefois bondées de Palestiniens sont désertes: ils en ont été chassés ou subissent des intimidations, alors que l'armée israélienne a lancé ces derniers jours dans la ville une vaste opération en riposte à une attaque ayant tué deux de ses soldats.

De Hébron à Jérusalem, le long de la route 60, artère principale de la Cisjordanie, des panneaux publicitaires incitent les électeurs à voter pour MM. Smotrich, Ben Gvir et parfois Netanyahu. Mais pratiquement aucun ne vante son principal rival, Gadi Eisenkot.

- "Responsabilité pas assumée" -

En approchant de Jérusalem, dans la colonie de Efrat, connue pour sa large population d'origine américaine, de nombreux électeurs affichent leur mécontentement à l'égard de Benjamin Netanyahu, accusé de n'avoir pas su empêcher l'attaque du 7-Octobre.

Barry Lin, un professeur de 62 ans venu déposer son bulletin avec sa fille Yaël, confesse avoir été libéral, avant de voter, une fois, pour M. Netanyahu. Mais aujourd'hui, il s'avoue perdu politiquement et convaincu que le Premier ministre a fait systématiquement passé sa propre survie avant tout le reste.

"C'est le seul à ne pas avoir assumé la responsabilité de ce qui s'est passé le 7 octobre", relève-t-il, ajoutant que les services publics avaient également souffert sous son mandant.

Mais Arieh Yeza, enseignant originaire d'Argentine, vante toujours la politique économique de Benjamin Netanyahu à destination des familles de la classe moyenne comme la sienne, dans un pays qui affiche une forte croissance.

"Aucun gouvernement n'est parfait, mais au bout du compte, les gens ordinaires votent avec leur portefeuille".

C.Neri--MJ