Venezuela : l'opposante Machado prête à négocier, le gouvernement ironise sur son retour
Après son spectaculaire retour d'exil dimanche, l'opposante vénézuélienne et prix Nobel de la paix Maria Corina Machado est prête à rencontrer la présidente par intérim du pays Delcy Rodríguez, qui a fustigé un retour au pays en forme de "show" inutile.
Mme Machado "a manifesté sa volonté de s'asseoir à la table des discussions, non seulement avec Delcy Rodríguez, mais aussi avec toute personne avec laquelle elle devra s'entretenir, au vu et au su de tous, en toute transparence, avec un programme précis pour que ces choses se concrétisent", a déclaré lundi Claudia Macero, porte-parole de la dirigeante de l’opposition, sur la station locale Unión Radio.
Au pouvoir depuis la capture du président Nicolas Maduro par l'armée américaine en janvier dernier, la présidente par intérim Delcy Rodríguez, mène avec une partie de l'opposition des négociations soutenues par Washington sur une transition démocratique, dont le prix Nobel a été exclue.
Le retour de Mme Machado répond à "un processus de transition qui requiert" la participation de "toutes les parties" et "ne peut pas laisser María Corina de côté", a estimé Mme Macero.
- "Nous lui souhaitons bonne chance" -
Mme Machado a été accueillie dimanche par des milliers de ses partisans qui se sont massés le long des près de 400 kilomètres qu'elle a parcourus depuis Barquisimeto (ouest) jusqu’à Caracas, où elle est arrivée dans la nuit.
Les détails de son périple pour rentrer au pays depuis son exil panaméen, en transitant par la Colombie voisine selon des médias pro-opposition, n'ont pas encore été rendus publics.
"On pourrait éviter le show, les aéroports sont là", a ironisé lundi devant la presse Mme Rodriguez, au lendemain de ce voyage largement relayé sur les réseaux sociaux par l'opposition.
"Je crois vraiment que la politique doit cesser d’être un spectacle, la politique est quelque chose de très sérieux", a insisté la présidente intérimaire, qui gouverne sous la pression de Washington.
"Ca ne me fait pas peur (...)", a déclaré de son côté au cours d'une conférence de presse le ministre de l'Intérieur et chef du parti chaviste au pouvoir, Diosdado Cabello, autre figure clé du gouvernement. "Nous lui souhaitons bonne chance", a simplement commenté tout sourire M. Cabello.
La dirigeante de l'opposition avait quitté le pays en décembre 2025 pour aller recevoir le prix Nobel, après près d'un an dans la clandestinité, en pleine vague d'arrestations ayant suivi la réélection controversée du président chaviste Maduro mi-2024.
María Corina Machado, qui prône l'économie de marché, revient neuf mois après la capture de M. Maduro par les forces américaines lors d'une spectaculaire opération militaire nocturne à Caracas.
Le président des États-Unis, Donald Trump, a déclaré ne pas être au courant de son retour.
Mais ce retour apparaît comme un défi à la présidente par intérim Delcy Rodríguez, qui mène avec une partie de l'opposition des négociations soutenues par Washington sur une transition démocratique, dont Maria Corina Machado a été exclue.
"Nous voulons des élections, plus de dialogue, des élections tout de suite", scandait dimanche la foule sur son passage.
- "En toute tranquilité" -
Son retour est le "résultat direct" du processus de "réconciliation" sous l'égide de Washington, avait estimé dimanche le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio.
Commentant de nouveau lundi ce retour d'exil, M. Rubio a déclaré que les États-Unis avaient incité il y a plusieurs semaines le gouvernement intérimaire à permettre à Mme Machado de rentrer "en toute tranquillité".
"La seule fois où je l'ai découragée, moi personnellement, d'y aller, c'était juste après le tremblement de terre", a-t-il déclaré à des journalistes, alors que les États-Unis ont été suspectés d'avoir empêché son retour au Venezuela.
"Nous savons très bien qu'elle voulait y retourner. Et la seule chose que je puisse vous dire à ce sujet, c'est qu'il y a plusieurs semaines, nous avons parlé aux autorités provisoires et leur avons simplement dit : +Elle devrait pouvoir rentrer en toute tranquillité, sans rencontrer de problèmes+", a-t-il affirmé.
"Et ils nous ont répondu qu'elle pouvait atterrir à l'aéroport si elle le souhaitait, et nous avons transmis cette information à son équipe", a précisé M. Rubio.
Mme Machado avait accusé le gouvernement de Delcy Rodríguez d'empêcher son retour, après sept tentatives infructueuses.
Son agenda n'est pas connu pour l’instant, mais selon sa porte-parole, la cheffe de l'opposition "devrait, dans les prochaines heures, s’adresser au pays".
De son côté, l'Union européenne a salué lundi par la voix d'un porte-parole à Bruxelles le retour à Caracas de Mme Corina Machado, y voyant une "opportunité" pour ouvrir davantage l'espace politique en vue de l'organisation d'élections "libres et équitables".
L.Bisset--MJ