Monaco Journal - "C'est la famille" : au Liban, l'angoisse d'habitants avant le départ de la Finul

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"C'est la famille" : au Liban, l'angoisse d'habitants avant le départ de la Finul
"C'est la famille" : au Liban, l'angoisse d'habitants avant le départ de la Finul / Photo: Joseph EID - AFP

"C'est la famille" : au Liban, l'angoisse d'habitants avant le départ de la Finul

Depuis sa boutique d'Ibl al-Saqi, située non loin d'une base de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), Mark Diab redoute le départ des Casques bleus, devenus au fil des décennies une partie intégrante du village.

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"Pour nous, la Finul, ce n'est pas qu'une question de travail, c'est la famille", résume cet homme de 59 ans, dont la soeur s'est mariée à un de ses soldats, comme d'autres habitantes du village, et vit aujourd'hui avec lui en Espagne.

"Nous avons passé toute notre vie ensemble", confie ce commerçant qui vend une vaste gamme de produits aux Casques bleus. "C'est essentiellement grâce à l'ONU que nous sommes ouverts".

Déployée dans le sud du Liban depuis 1978 pour surveiller les hostilités avec Israël, la Finul compte environ 7.500 membres de près de 50 pays. Sous la pression des États-Unis, le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé de mettre fin à son mandat le 31 décembre 2026.

- "Dans tous les coeurs" -

Niché au milieu de collines couvertes d'oliveraies, le village d'Ibl al-Saqi se situe près de la "zone de sécurité" instaurée et occupée par les forces israéliennes dans le sud du Liban, après le début de la dernière guerre en mars avec le Hezbollah pro-iranien.

Des habitants ont conseillé aux journalistes de l'AFP d'éviter le sud du village, des troupes israéliennes étant déployées à proximité.

"L'ONU doit bien partir un jour (...) mais pas dans ce contexte", affirme le maire d'Ibl al-Saqi, George Rahhal, depuis son bureau décoré de photos et d'objets de la Finul.

Les Casques bleus "ont laissé une trace positive dans tous les coeurs, d'abord via la sécurité, puis l'économie, la santé, le soutien aux écoles", ajoute-t-il, alors que la Finul fournit aussi une aide humanitaire.

Les rues du village témoignent du fort ancrage de la mission onusienne. Dans un petit jardin appelé la "place de la Norvège", des drapeaux norvégien et libanais flottent près de plaques rendant hommage aux Casques bleus norvégiens.

Dans une rue, un panneau indique la direction d'une ville norvégienne à quelque 5.200 kilomètres de là.

Alors qu'une explosion retentit au loin, Mark Diab redoute lui aussi que le départ de la Finul ait des répercussions sur la "sécurité et la stabilité".

Les frappes israéliennes, qui ont baissé en intensité depuis juin, ont causé de lourdes destructions dans les villages du sud et plus de 4.300 personnes ont été tuées depuis le début de la dernière guerre, selon Beyrouth. Pris dans les combats entre Israël et le Hezbollah, les Casques bleus ont eu sept morts dans leurs rangs, d'après l'ONU.

Le Liban a appelé au prolongement du mandat de la Finul, craignant une plus grande dégradation de la situation sécuritaire, alors que l'armée libanaise se heurte à des obstacles pour son déploiement dans le sud, en raison notamment de la présence israélienne.

- Répercussions économiques -

"Nous pourrons vivre après la force internationale, mais comment, où, et qui sera responsable de nous ?", s'interroge George Rahhal.

L'ancien porte-parole de la Finul, Andrea Tenenti, craint aussi que le départ de la mission ne crée un "vide important (...) à un moment particulièrement critique".

La Finul est "depuis longtemps le second employeur et contributeur économique dans le sud du Liban, après l'État", note par ailleurs M. Tenenti, en poste au Liban pendant près de 20 ans.

Elle emploie "environ 400 personnels recrutés localement" et travaille avec de nombreuses entreprises locales auxquelles elle sous-traite des services, précise sa successeure, Kandice Ardiel.

Dans l'atelier de Khaled Nahra, à Ibl al-Saqi, des employés vendent des souvenirs et brodent à la machine des articles sur mesure destinés aux Casques bleus.

Cet homme de 48 ans explique que son atelier, qui fonctionne depuis environ 25 ans, va être contraint de fermer.

"Il y a des gens qui travaillent ici depuis 15, 20 ans. Ils sont comme moi, ils ne savent pas ce qu'ils vont faire".

L.Pascal--MJ