L'Australie toujours accro au charbon malgré ses objectifs climatiques
Les mines de charbon australiennes sont en pleine expansion et enregistrent une explosion de leurs exportations, alors même que Canberra s'apprête à défendre les énergies renouvelables lors du prochain sommet des Nations unies sur le climat.
Le blocage du détroit d'Ormuz, où transite habituellement un cinquième de la production mondiale d'hydrocarbures, alimente l'appétit de nombreux pays asiatiques pour le charbon, selon des experts.
La demande mondiale devrait augmenter de 1,2 % en 2026 et même atteindre un niveau record de 8,94 milliards de tonnes, selon un rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) publié en juillet.
Cette hausse pourrait particulièrement bénéficier à l'Australie, deuxième exportateur mondial selon l'AIE.
Paradoxalement, en novembre, Canberra présidera les négociations lors de la COP31 et devrait y encourager l'accélération de la transition énergétique.
Le gouvernement du Premier ministre travailliste Anthony Albanese ambitionne de réduire d'ici 2035 les émissions du pays de 62 à 70 % par rapport à 2005. Entre 2020 et 2025, l'Australie a débloqué 3,9 milliards de dollars australiens (2,4 milliards d'euros) pour lutter contre le changement climatique.
La justice australienne fait aussi bouger les lignes. La plus haute instance judiciaire du pays s'est prononcée mercredi contre un vaste projet d'extension d'une mine de charbon, une première. Cette décision impose de prendre en compte les conséquences climatiques lors de l'examen de projets liés aux énergies fossiles.
Mais les défenseurs de l'environnement demandent plus d'efforts, car le charbon fait partie des plus importantes sources d'émissions de gaz à effet de serre.
- "Sécurité énergétique" -
Fin septembre, les instances de planification de l'État de Nouvelle-Galles du Sud, celles-là mêmes qui avaient donné leur feu vert au projet de Mount Pleasant retoqué mercredi par la justice, ont approuvé la prolongation de 19 ans de l'exploitation d'une autre mine de charbon dans ce même bassin minier de la Hunter Valley, situé au nord de Sydney.
Cette prolongation entraînera 809 millions de tonnes d'émissions, pour 98 % à l'étranger où le charbon sera exporté, selon les autorités.
Mais "les effets néfastes du changement climatique ne s'arrêtent pas aux frontières, pas plus que la responsabilité qui en découle", pointe Greg Mullins, un ex-responsable des pompiers locaux devenu militant pour le climat.
Les exportations annuelles australiennes de charbon pour un usage thermique ont atteint 213 millions de tonnes en 2025-2026, en hausse de 8 millions sur un an, selon une étude du secteur.
La filière charbon représente 782.000 emplois directs et indirects et plus de 9% du PIB du pays, selon l'association professionnelle Coal Australia.
Le président des négociations de la COP31 et ministre australien de l'Énergie et du Changement climatique, Chris Bowen, met toutefois en avant les efforts du gouvernement pour développer les énergies renouvelables.
Outre l'impact climatique, "l'exposition à la volatilité des prix des combustibles fossiles et à la fragilité des voies d'approvisionnement renforce la nécessité d'accélérer la transition vers les énergies renouvelables, le stockage et l'électrification", relève-t-il.
Mais la guerre au Moyen-Orient dope la demande de charbon en Asie, note Emi Gui, membre du Conseil des ingénieurs pour la transition énergétique, soutenu par l'ONU.
"Les pays priorisent la sécurité énergétique par rapport aux objectifs de décarbonation", relève pour l'AFP cette experte.
- Record de production -
Habitante de la petite ville de Mudgee, au coeur de la Hunter Valley, Bev Smiles est inquiète : au total, trois mines de charbon du secteur cherchent à s'étendre, selon des documents officiels.
La Nouvelle-Galles du Sud compte 37 mines de charbon et interdit l'ouverture de nouvelles exploitations. Mais elle autorise l'extension des mines existantes. Celle exploitée par le groupe Yancoal à Moolarben menace une réserve naturelle.
L'an dernier, le charbon de cet État a généré 23,4 milliards de dollars australiens (14,5 milliards d'euros) d'exportations.
Soutenue par des capitaux chinois, la société Yancoal a affiché un record de production de 19,8 millions de tonnes au premier semestre 2026, en hausse de 4 %.
Le groupe a déjà bénéficié d'une autorisation d'extension, à condition qu'elle ne vende qu'aux pays ayant signé l'Accord de Paris.
Les militants pour le climat espèrent désormais que la décision sans précédent rendue mercredi par la Haute cour australienne coupera court à la plupart des projets.
D'ici là, "le secteur ne va pas ralentir", craint Mme Smiles, qui pointe les effets déjà de plus en plus tangibles du réchauffement climatique.
G.Lombardi--MJ