Monaco Journal - La justice française rejette un deuxième recours contre l'expulsion de Xenia Fedorova

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La justice française rejette un deuxième recours contre l'expulsion de Xenia Fedorova
La justice française rejette un deuxième recours contre l'expulsion de Xenia Fedorova / Photo: Xavier GALIANA - AFP/Archives

La justice française rejette un deuxième recours contre l'expulsion de Xenia Fedorova

Le tribunal administratif de Paris a rejeté vendredi un recours en référé-suspension contre l'expulsion de la chroniqueuse russe pro-Kremlin Xenia Fedorova, qui se trouve actuellement à l'étranger.

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La procédure en référé-suspension est subordonnée à la démonstration d'une urgence. Or, les juges des référés saisis, sans se prononcer sur la légalité de l'arrêté d'expulsion, ont estimé que la condition d'urgence n'était "pas remplie", selon un communiqué du tribunal administratif.

Le tribunal "reste saisi d'un recours au fond présenté simultanément" au référé-suspension "qui sera jugé ultérieurement", peut-on encore lire.

Le 3 août, le tribunal administratif avait déjà rejeté un recours, cette fois-ci en référé-liberté, en soulignant que "la condition d'extrême urgence" requise par cette voie juridique "ne pouvait être retenue".

Lors de l'audience jeudi pour le référé-suspension, l'avocat de Mme Fedorova, Me Emmanuel Piwnica, avait estimé que l'arrêté d'expulsion la visant et le gel de ses avoirs pour six mois étaient des mesures "illégales et disproportionnées".

Ce conseil a contesté tout trouble à l'ordre public ou atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat de la part de sa cliente, dont la présence en France "ne constitue pas une menace", selon lui.

"Je ne puis qu'être déçu par cette décision", a commenté auprès de l'AFP vendredi Me Piwnica.

Agée de 45 ans, la chroniqueuse, qui intervient principalement sur CNews, Europe 1 et dans l'hebdomadaire le JDNews, est accusée par les autorités d'être "un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes" pour "déstabiliser l'ordre public" en France.

Sa place grandissante dans les médias du milliardaire conservateur Vincent Bolloré a fait naître des craintes de manipulation du débat public, notamment lors de la campagne pour la présidentielle de 2027.

- "Propagande du Kremlin" -

Pour justifier son arrêté d'expulsion, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a notamment pointé "de nombreux propos qu'elle a pu tenir et qui systématiquement reprennent la propagande du Kremlin sur l'engagement de la France" et sur "les motivations de l'agression russe en Ukraine".

"On est dans un fantasme absolu", a dénoncé Me Piwnica. "Elle veut continuer de mener sa carrière, sa vie en France", où réside sa sœur, qui souffre de diabète, doit bientôt être opérée et est "à sa charge", a-t-il encore plaidé.

La chroniqueuse n'a pas fait de référé-suspension concernant le gel de ses avoirs, son avocat expliquant à l'AFP avoir demandé au préfet "un déblocage partiel, pour faire face aux dépenses de la vie courante".

La directrice des libertés publiques et des affaires juridiques au ministère de l'Intérieur, Pascale Léglise, a de son côté souligné devant le tribunal que les propos de Mme Fedorova pouvaient s'apparenter à la "manipulation de l'information", rappelant les opérations de désinformation russes ayant visé trois candidats récemment, Gabriel Attal, Edouard Philippe et Raphaël Glucksmann.

- "Pas en Russie" -

Xenia Fedorova a déjà été interdite de territoire en Allemagne, où elle a vécu.

Selon ses dires, elle se trouvait "en vacances" à l'étranger quand elle a appris les mesures la visant. Son avocat a précisé jeudi qu'elle était alors en voyage à Rome, mais qu'elle se trouvait désormais "hors de l'Union européenne", mais "pas en Russie".

Dans une chronique publiée mercredi par le JDD, Xenia Fedorova s'est interrogée sur les méthodes des autorités françaises "qui peuvent s'apparenter à une logique autoritaire".

"Ma conviction profonde est que pour parvenir à la paix, toutes les parties doivent être entendues, et qu'il faut éviter la pensée unique", a affirmé l'ancienne patronne de la chaîne d'État russe RT en France, dont l'antenne a été interdite dans l'Union européenne depuis mars 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Ses employeurs Canal+ et Lagardère ont dénoncé "une atteinte particulièrement grave à la liberté d'expression". Selon son avocat, Mme Fedorova a depuis été "licenciée", faute désormais de titre de séjour. Contactés, Canal+ n'a pas commenté cette information, et Lagardère pas donné suite. Il est cependant tout à fait possible qu'elle continue à travailler pour ces médias sans être salariée.

G.Lombardi--MJ