Soulagement et traumatismes pour les Zimbabwéens fuyant les violences anti-migrants en Afrique du Sud
Des points de suture strient le côté gauche du visage de Shingirai Kurebwaseka, après qu'il a été violemment passé à tabac lors d'une série de manifestations anti-immigrés qui a secoué l'Afrique du Sud.
Ce Zimbabwéen de 35 ans a aussi le bras droit plâtré, et son pied gauche maintenu par une attelle est enveloppé dans un bandage de fortune fait d'un simple sac plastique.
"Ils m'ont frappé partout, m'ont écrasé le pied avec un marteau... Ils m'ont brûlé avec des morceaux de papier plastique enflammés et ils s'apprêtaient à incendier un pneu qu'ils voulaient me passer autour de la taille... Mais j'ai quand même réussi à m'échapper", raconte-t-il à l'AFP.
L'Afrique du Sud, pays le plus riche du continent, attire depuis longtemps les migrants. Mais depuis plusieurs semaines, le pays est secoué par des manifestations et des violences meurtrières à l'encontre des étrangers.
Hospitalisé pendant sept jours, Kurebwaseka a finalement pris place à bord de l'un des bus affrétés par les autorités sud-africaines pour rapatrier les ressortissants de pays voisins. Des dizaines de milliers de Zimbabwéens ont fui ainsi l'Afrique du Sud ces dernières semaines.
- "Juste rentrer chez moi" -
Beaucoup, comme Kurebwaseka, se trouvent toujours dans un centre d'accueil surpeuplé géré par le gouvernement zimbabwéen, à Beitbridge (sud), près de la frontière, avec le soutien d'organisations humanitaires, dont le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
"Je souffre, je veux juste être soigné et rentrer chez moi", confie Kurebwaseka à l'AFP devant la clinique du centre d'accueil.
Il a été agressé avant la fin de l'ultimatum fixé par des groupes marginaux anti-immigrés appelant les étrangers à quitter l'Afrique du Sud.
Ces groupes accusent les migrants d'être responsables de la criminalité et de la pénurie d'emplois.
Son compatriote zimbabwéen, Tichaona Magomazi, n'a pu emporter dans sa fuite à la hâte qu'une seule valise, soit tout ce qui lui reste de ses onze années passées à Johannesburg.
Après la peur, cet homme de 35 ans connait un peu de répit, mais il ne sait pas vraiment ce que l'avenir lui réserve.
Il se tient au bord d'une autoroute à la sortie de Beitbridge, ville frontalière du sud, scrutant les véhicules qui passent dans l'espoir de trouver un moyen de se rendre à Harare, la capitale.
Magomazi espère pouvoir rentrer chez lui d'une manière ou d'une autre, même s'il n'a pas les moyens de payer le trajet. "Je suis parti dès que j'en ai eu l'occasion", déclare-t-il à l'AFP. "Je n'ai pas les mots pour décrire la situation dans laquelle nous nous trouvons."
- Retour "soudain ou forcé" -
La police sud-africaine affirme qu'au moins quatre ressortissants étrangers ont été tués lors d'attaques liées aux manifestations anti-migrants, bien que certains gouvernements africains ayant rapatrié leurs citoyens ont fait état d'un bilan plus lourd.
Ces violences ont déclenché l'une des plus importantes vagues d'exode depuis l'Afrique du Sud. Plus de 73.000 Zimbabwéens sont partis d'Afrique du Sud entre le 28 mai et le 5 juillet, a affirmé l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) au Zimbabwe, citant des chiffres du gouvernement.
Parmi eux, 54.630 se sont rapatriés de leur propre initiative, tandis que 19.048 ont bénéficié de l'aide de programmes gouvernementaux.
Beaucoup arrivent avec pour seuls biens les vêtements qu'ils portent sur eux. "J'ai dû quitter précipitamment l'endroit où je logeais, car les milices menaient des perquisitions maison par maison à la recherche d'étrangers", raconte Amos Ferenando.
Cet homme de 41 ans a passé sept ans en Afrique du Sud à travailler dans le secteur du bâtiment. Il s'est retrouvé bloqué à un contrôle routier, et a alors dû demander de l'aide à ses proches pour pouvoir rejoindre le Zimbabwe.
"Je n'avais plus d'argent car j'ai dû payer des amendes à la frontière", a-t-il expliqué.
Des évaluations menées à la frontière ont révélé que 69% des rapatriés interrogés ont décrit leur retour comme "soudain ou forcé", a expliqué Fadzai Nyamande-Pangeti, de l'OIM.
"Les vulnérabilités s'accroissent à mesure que les mouvements s'intensifient", souligne Mme Nyamande-Pangeti, ajoutant que les rapatriés ont besoin de nourriture, de moyens de transport et d'un soutien psychosocial.
Magomazi serre toujours contre lui la seule valise contenant ce qui reste de sa vie en Afrique du Sud. "Tout ce que je demande en ce moment, c'est juste de trouver un moyen de transport pour rentrer chez moi".
A.Simon--MJ