Accusé de viol, un important candidat démocrate renonce à la course au Sénat américain
Le démocrate américain Graham Platner a annoncé mercredi renoncer à briguer un siège au Sénat après des accusations de viol, qu'il dément, mais qui ont entraîné de nombreux appels à se retirer de cette course cruciale pour la majorité au Congrès.
"Nous suspendons notre campagne", a déclaré dans une vidéo publiée sur X cet ostréiculteur soutenu jusque-là par de grandes figures de la gauche américaine comme Bernie Sanders, mais dont la campagne pour un siège dans l'Etat du Maine a été minée par de nombreux scandales.
Assurant que son retrait ne constitue pas une admission de culpabilité, Graham Platner a nié une fois de plus les accusations auxquelles il fait face. Et s'il annonce qu'il "compte faire les démarches pour se retirer de la course", cet ancien militaire marqué à gauche accuse les hautes instances du Parti démocrate de lui avoir barré la route.
"Ceux qui détiennent le pouvoir et en ont la capacité utilisent ces accusations comme prétexte pour nous retirer tout ce dont nous avons besoin pour mener une campagne", a-t-il également déclaré.
L'élection dans le Maine fait partie des scrutins clés en novembre pour les démocrates et leurs chances de reprendre aux républicains la majorité au Sénat.
Cet Etat rural et côtier de la pointe nord-est des Etats-Unis a voté en majorité pour les candidats démocrates à la présidentielle depuis 1992. Pour autant, la sénatrice sortante, Susan Collins, a été réélue à quatre reprises sous l'étiquette républicaine depuis 1996.
Graham Platner devait faire face à l'élue de 73 ans dans quelques mois et plusieurs sondages le donnaient gagnant, avec un certain engouement populaire autour de son message centré sur la lutte contre l'oligarchie et sur la baisse du coût de la vie.
Son retrait ouvre la voie à un autre candidat démocrate, qui doit être choisi avant fin juillet par la section locale du Parti démocrate.
- Menace sur le financement -
La candidature de l'ostréiculteur a été définitivement plombée par les révélations de Politico lundi.
Jenny Racicot, une ex-compagne de Graham Platner, a affirmé au média américain qu'il l'aurait forcée à une relation sexuelle il y a près de cinq ans, alors qu'il était en état d'ébriété.
Fin 2021, après lui avoir pourtant demandé de ne pas venir chez elle puisqu'elle préférait rester seule ce soir-là, Graham Platner se serait tout de même présenté chez Jenny Racicot et l'aurait saisie à plusieurs reprises, bien qu'elle lui ait dit: "Non, ne fais pas ça."
Selon Politico, il l'aurait ensuite "suivie dans sa chambre et aurait eu une relation sexuelle avec elle contre sa volonté".
Graham Platner nie fermement depuis. "Tout ceci est faux. Les éléments qui ont été allégués ne sont pas déroulés, ce n'est pas vrai", a-t-il encore affirmé mercredi.
Les plus hauts responsables démocrates avaient rapidement appelé le candidat à jeter l'éponge et le Comité de campagne démocrate pour le Sénat (DSCC) a indiqué qu'il retirerait ses financements si Graham Platner restait en lice.
- "Période très sombre" -
Début juin, le New York Times avait déjà publié une enquête dans laquelle plusieurs ex-compagnes le décrivent comme occasionnellement "méprisant envers les femmes" et "régulièrement infidèle", tandis qu'une autre affirme qu'il avait été "menaçant physiquement" envers elle.
Graham Platner avait alors affirmé qu'il s'était "trop souvent auto-soigné avec l'alcool" lors d'une "période très sombre" de sa vie.
Cet ancien membre du corps des Marines affirme avoir souffert pendant longtemps de syndrome de stress post-traumatique, consécutif à ses trois déploiements lors de la guerre en Irak et à un quatrième en Afghanistan.
Dans les années suivant son passage dans l'armée, Graham Platner a été très actif sur les réseaux sociaux et certains commentaires qui ont refait surface aujourd'hui ont également créé la polémique, comme un écrit en 2013 dans lequel il appelle les femmes à "prendre leurs responsabilités" et à ne pas se saouler pour éviter d'être victimes d'agressions sexuelles.
Autre controverse: un tatouage sur sa poitrine, effectué lors de son passage dans les Marines, représentant un crâne avec deux os croisés derrière, largement reconnu comme un symbole des SS nazis.
A.Reynaud--MJ