Monaco Journal - Dans le centre de la Birmanie, les familles endeuillées pleurent une "génération décimée"

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Dans le centre de la Birmanie, les familles endeuillées pleurent une "génération décimée"
Dans le centre de la Birmanie, les familles endeuillées pleurent une "génération décimée" / Photo: STR - AFP/Archives

Dans le centre de la Birmanie, les familles endeuillées pleurent une "génération décimée"

Dans le silence pesant d'un temple de Myit Chay, au cœur de la Birmanie, des familles endeuillées s'inclinent et prient en mémoire de proches récemment disparus, victimes d'une guerre civile qui a désormais fait plus de 100.000 morts, selon une ONG.

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"Combien de jeunes devront encore mourir?", interroge Soe Gyi, dont le neveu a été tué au combat après avoir quitté sa formation de moine pour rejoindre des rebelles pro-démocratie.

"Il ne reste que les personnes âgées et les très jeunes enfants", poursuit l'homme de 49 ans, s'exprimant sous un pseudonyme pour des raisons de sécurité, comme les autres personnes interrogées. "La génération intermédiaire a été décimée."

L'ONG américaine Acled (Armed Conflict Location and Event Data), spécialisée dans le suivi des conflits armés, a indiqué mercredi que le bilan de la guerre civile birmane dépassait désormais les 100.000 morts.

Il n'existe pas de bilan officiel et les estimations varient largement, mais les analystes considèrent ce conflit comme le plus meurtrier se déroulant actuellement en Asie.

La tragédie est particulièrement prégnante dans le canton de Myit Chay, où Thaung Sein raconte que son fils, un civil, a été tué en mai alors que leur famille était contrainte de fuir une offensive militaire.

"Dans cette guerre, ils tuent les gens sans distinction et sans aucune considération", déplore cette femme de 45 ans.

Son fils a été retrouvé, dit-elle, le corps brûlé et couvert de blessures au milieu d'un paysage désolé de villages dévastés. Les secouristes ont pris des photos, mais ont refusé de les lui montrer, craignant qu'elle ne soit submergée par la vision d'horreur.

"Si nos enfants parviennent à survivre, il pourrait encore y avoir une chance pour un avenir meilleur", veut-elle croire. "Mais s'ils ne parviennent même pas jusqu'à l'âge adulte et que les choses continuent ainsi, il ne restera rien d'autre que la mort."

- "Mort comme un chien" -

La guerre a été déclenchée par un coup d'Etat militaire en 2021, qui a renversé le gouvernement élu d'Aung San Suu Kyi et poussé des militants pro-démocratie à combattre aux côtés de groupes armés issus de minorités ethniques, actifs de longue date.

"Notre famille était heureuse avant le coup d'Etat. On riait ensemble, on partageait tout ce qu'on avait", raconte Yin Than, 39 ans, dont le mari a été tué il y a deux ans après avoir pris les armes au nom de la démocratie.

"Ce n'était pas une mort naturelle, il est mort comme un chien. Maintenant qu'il est parti, sur qui est-on censés compter avec mon enfant ?", poursuit-elle. "Je partage la douleur de tous ceux qui sont morts en lien avec cette situation politique".

Dans la région centrale de Magway, où se situe le canton de Myit Chay, un autre impact de la guerre transparaît.

Plus de 3,7 millions de personnes vivent déplacées à l'intérieur du pays, selon l'ONU, et les monastères où se retrouvent les familles en deuil servent aussi d'abris temporaires.

Les gens y dorment au milieu des quelques affaires qu'ils ont pu emporter avec eux, mais fuir les combats n'apporte qu'un répit relatif.

"Rien ne va, où que ce soit", déplore la veuve de 39 ans. "Ce n'est pas vivable à la maison et ce n'est pas vivable non plus dans les lieux où on a trouvé refuge."

Après cinq années de guerre, l'armée est aujourd'hui en position de force, mais les groupes rebelles patrouillent toujours à Myit Chay , signe que les affrontements ne sont pas encore terminés.

A.Reynaud--MJ