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Bolivie: le président Paz décrète l'état d'exception après six semaines de contestation

Bolivie: le président Paz décrète l'état d'exception après six semaines de contestation

Le président bolivien Rodrigo Paz a décrété samedi l'état d'exception sur l'ensemble du territoire national après plus de six semaines de protestations et de blocages routiers, affirmant avoir épuisé "toutes les voies du dialogue".

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Cette décision intervient quelques heures seulement après la signature d'un accord avec la principale centrale syndicale du pays, la Centrale ouvrière bolivienne (COB), qui a annoncé la levée des mesures de pression visant à obtenir la démission du chef de l'Etat.

D'autres organisations maintiennent toutefois leur mouvement de protestation.

"Après avoir épuisé toutes les voies du dialogue, conclu des accords avec ceux dont les revendications étaient légitimes et identifié ceux qui utilisaient la violence pour tenter de déstabiliser la Bolivie, nous avons pris la décision de déclarer l'état d'exception sur l'ensemble du territoire national", a déclaré M. Paz dans une déclaration télévisée.

Début mai, la COB avait entamé un mouvement de contestation pour protester contre l'absence de réponses gouvernementales à la crise économique que traverse le pays, la plus grave depuis quarante ans.

Les paysans et les ouvriers des usines et des mines ont progressivement rejoint le mouvement, rejetant les propositions de réformes du président de centre droit. Son arrivée au pouvoir en novembre a mis fin à vingt années de gouvernements socialistes.

Les barrages routiers à travers le pays ont entraîné des pénuries de nourriture, de médicaments et de carburant dans plusieurs villes du pays, notamment à La Paz, sa capitale administrative.

C'est après l'ouverture la semaine dernière d'un dialogue entre le gouvernement et la COB que les deux parties sont parvenues à un accord.

"À partir de maintenant, les mesures de pression sont levées au niveau national", a annoncé le dirigeant de la centrale syndicale Mario Argollo.

M. Paz a de son côté défendu sa stratégie de négociation plutôt que le recours à la force. "Le dialogue est toujours une option, la première option. La force n'est destinée qu'à ceux qui choisissent la violence", a-t-il déclaré.

- "Trahison" -

Tous les secteurs mobilisés n'ont cependant pas adhéré à l'accord. Des groupes paysans, ainsi que les cultivateurs de coca du Chapare, fief de l'ancien président Evo Morales (2006-2019) dans le centre du pays, poursuivent leur mobilisation.

"Nous avons décidé de durcir les barrages routiers", a déclaré à la chaîne de télévision Unitel le dirigeant d'un des principaux syndicats paysans du pays, Antonio Mallku. "Les frères indigènes se sont sentis trahis" par Mario Argollo et la COB, a-t-il ajouté.

Bien que le nombre de barrages, qui avait dépassé la centaine au plus fort de la contestation, ait diminué, une cinquantaine restent en place.

M. Paz a indiqué avoir ordonné à la police et aux forces armées "de rétablir la libre circulation, reprendre le contrôle des routes et garantir la sécurité de la population". Il a averti que les personnes poursuivant les blocages ou recourant à la violence s'exposeraient à "toute la rigueur de la loi".

Selon les termes de l'accord signé vendredi avec la COB, le gouvernement s'est notamment engagé à ne pas privatiser les entreprises publiques, une revendication majeure des syndicats.

Des groupes de travail réunissant ministres et responsables syndicaux doivent également être mis en place pour examiner plusieurs revendications du mouvement, notamment sur le sort des personnes interpellées lors des affrontements avec les forces de l'ordre.

Selon le Défenseur du peuple, plus d'une centaine de personnes ont été arrêtées depuis le début de la contestation.

Mario Argollo a assuré que l'accord laissait au gouvernement 90 jours pour avancer sur plusieurs revendications syndicales. "La balle est désormais dans son camp", a-t-il ajouté.

M. Paz a également justifié sa décision de décréter l'état d'exception en dénonçant une "tentative de coup d'Etat menée par le narcoterrorisme".

Le gouvernement accuse régulièrement Evo Morales d'avoir encouragé les manifestations et les blocages. Mario Argollo a pour sa part assuré à plusieurs reprises que l'ancien président n'avait jamais dirigé le mouvement.

P.Sartori--MJ