Trump annonce un blocus du détroit d'Ormuz après l'échec des négociations avec l'Iran
Donald Trump a annoncé dimanche un blocus américain du détroit d'Ormuz, accusant l'Iran de refuser de renoncer à ses ambitions nucléaires, après l'échec des pourparlers directs qui visaient à mettre un terme à la guerre au Moyen-Orient.
S'il a affirmé que les discussions à Islamabad, de plus de 20 heures, s'étaient "bien" déroulées et que "la plupart des points avaient fait l'objet d'un accord", le président américain a déclaré sur sa plateforme Truth Social que Téhéran avait refusé de céder sur la question nucléaire.
Il a réaffirmé être prêt à frapper les infrastructures énergétiques iraniennes en l'absence d'accord.
"Nous sommes envahis par le désespoir et le sentiment d'impuissance. Nous en avons assez de cette incertitude", réagit depuis Téhéran Nahid, femme au foyer de 60 ans, éreintée par six semaines de bombardements israélo-américains.
C'est notamment en accusant l'Iran de vouloir se doter de l'arme atomique - ce que dément Téhéran - que les Etats-Unis ont justifié l'offensive lancée avec Israël le 28 février, qui a déclenché une guerre ayant fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, et qui perturbe l'économie mondiale.
L'Organisation de médecine légale iranienne a indiqué dimanche avoir identifié 3.375 personnes tuées depuis le début de la guerre.
- "Acte de guerre" -
Les Etats-Unis vont entamer un "processus de BLOCUS de tous les navires tentant d'entrer ou de sortir du détroit d'Ormuz", stratégique pour le commerce mondial et l'approvisionnement en pétrole, a écrit le président américain dans sa première réaction à l'annonce, dans la nuit, de l'échec des négociations.
Sans détailler les modalités d'une telle opération, alors que le passage est verrouillé par l'Iran depuis le début de la guerre, il a affirmé sur Fox News que la Grande-Bretagne "et quelques autres pays" enverraient des dragueurs de mines.
Les Gardiens de la Révolution iraniens ont réagi en menaçant de piéger leurs ennemis dans un "tourbillon mortel", affirmant avoir "entièrement sous contrôle" le trafic du détroit, où Téhéran a instauré de facto des droits de passage.
Selon l'agence de presse iranienne Fars, deux pétroliers battant pavillon pakistanais s'y dirigeant ont fait demi-tour dimanche, tandis que des centaines de navires de commerce restent bloqués dans le Golfe.
Un blocus américain "est un acte de guerre, et cela suggère que Washington est de plus en plus désillusionné par la diplomatie", juge Nicole Grajewski, professeure au Centre de recherches internationales de Sciences Po.
"Même si c'est réalisable, ce qui reste une question ouverte", cela "semble aller à l'encontre de tout bon sens", estime Shibley Telhami, chercheur à la Brookings Institution.
- "Concessions douloureuses" -
Dès l'annonce de l'impasse des pourparlers, le Pakistan a appelé au respect de la trêve convenue entre Téhéran et Washington mercredi.
Aucune des deux parties ne s'est exprimée sur le devenir du cessez-le-feu devant expirer le 22 avril, tandis que les appels internationaux se multiplient pour qu'elles restent sur la voie diplomatique.
Oman, médiateur entre les deux pays avant la guerre, les a appelés à faire des "concessions douloureuses" pour un règlement négocié.
Dans le Golfe, ciblé par la riposte iranienne, l'échec des négociations suscite aussi l'inquiétude. Imam, une femme au foyer égyptienne vivant à Abou Dhabi, s'inquiète "d'une reprise des attaques", tout comme Amin, un pharmacien saoudien, qui craint "bien-sûr que la guerre ne reprenne". Les deux ont requis l'anonymat.
Alors que les délégations ont quitté le Pakistan, elles n'ont pas fermé la porte à une poursuite des tractations.
- "Nous verrons" -
"Nous repartons d'ici avec une proposition très simple, une approche qui constitue notre offre finale et la meilleure que nous puissions faire", a lancé le vice-président américain JD Vance avant de quitter Islamabad. "Nous verrons si les Iraniens l'acceptent".
Téhéran a de son côté imputé l'échec des négociations aux tentatives américaines de "dicter leurs conditions", le porte-parole de la diplomatie, Esmaeil Baqaei, évoquant "une atmosphère de suspicion et de méfiance".
Pour lui, "il était évident" qu'un accord ne pouvait être obtenu "en une seule session".
Sur le deuxième front principal de la guerre, au Liban, des pourparlers sont prévus mardi entre des représentants libanais et américains à Washington, après le feu vert donné par Israël, sous pression américaine, à la tenue de négociations directes.
Les autorités libanaises ont recensé 2.020 personnes tuées par les bombardements israéliens et les combats depuis que le pays a été entraîné dans la guerre le 2 mars par le Hezbollah pro-iranien.
Ce dernier a rejeté toute négociation directe.
Après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, Israël a soutenu que le Liban, où il combat le mouvement chiite, n'était pas inclus dans l'accord.
Au cours de sa première visite dans le sud du Liban depuis le début des hostilités, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a assuré que l'armée avait "contrecarré la menace d'une invasion" après avoir avancé en territoire libanais pour instaurer une zone dite de "sécurité".
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L.Costa--MJ