Trêve pascale entre la Russie et l'Ukraine: ce que l'on sait
La Russie et l'Ukraine sont convenues d'un cessez-le-feu pour la Pâque orthodoxe, une trêve qui doit s'étendre de samedi après-midi à dimanche soir selon le Kremlin.
Le président russe Vladimir Poutine a ordonné cette trêve jeudi soir, plus d'une semaine après un premier appel en ce sens lancé par son homologue ukrainien.
Cette annonce survient dans un contexte de ralentissement des efforts diplomatiques menés par les Etats-Unis pour mettre fin à plus de quatre ans de guerre.
Voici ce que l'on sait:
- Que prévoit l'accord? -
Le Kremlin a indiqué que le cessez-le-feu entrerait en vigueur samedi à 16H00 (13H00 GMT) et durerait jusqu'à la fin de la journée de dimanche, soit une période de 32 heures.
Le ministre russe de la Défense, Andreï Belooussov, et son chef d'état-major Valéri Guérassimov ont reçu l'ordre de "cesser les opérations de combat dans toutes les directions pour cette période".
"Nous partons du principe que la partie ukrainienne suivra l'exemple de la Fédération de Russie", a ajouté Moscou.
Volodymyr Zelensky a peu après fait savoir que l'Ukraine s'était dite prête "à plusieurs reprises" à une trêve et qu'elle souhaitait respecter celle-ci.
"Nous avons proposé un cessez-le-feu cette année pendant les fêtes de Pâque et nous agirons en conséquence", a-t-il dit.
Selon le porte-parole du Kremlin, la Russie n'a pas au préalable discuté avec Kiev et Washington de cette trêve.
- Des précédents -
La Russie avait annoncé une trêve similaire de 30 heures à l'occasion de la Pâque orthodoxe l'an dernier.
Les deux camps s'étaient alors mutuellement accusés de l'avoir violée des centaines de fois même si l'armée de l'air ukrainienne avait fait état d'une accalmie des frappes aériennes russes.
Plusieurs jours plus tard, Vladimir Poutine avait proclamé une nouvelle trêve pour les célébrations du 9 mai en Russie, alors qu'il devait accueillir des dirigeants étrangers, dont le Chinois Xi Jinping, pour un grand défilé militaire sur la Place Rouge.
Volodymyr Zelensky avait dénoncé "un défilé de cynisme".
De précédentes propositions de cessez-le-feu ont échoué.
La Russie a rejeté à plusieurs reprises les appels de l'Ukraine à un cessez-le-feu durable et inconditionnel, affirmant privilégier un règlement de paix définitif.
L'Ukraine accuse Moscou de ne pas vouloir réellement la paix mais seulement chercher sa capitulation.
- Sur le front -
Après avoir enregistré l'an dernier ses plus grandes avancées territoriales depuis 2022, l'armée russe a vu sa progression ralentir ces derniers mois.
Pour la première depuis deux ans et demi, presque aucun gain territorial n'a été enregistré le mois dernier, selon une analyse de l'AFP réalisée à partir des données de l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW).
Sur l'ensemble de la ligne de front, l'armée russe n'a conquis que 23 km2 en mars.
La Russie occupe aujourd'hui un peu plus de 19% du territoire ukrainien, la majeure partie ayant été conquise dans les premières semaines de l'invasion.
Environ 7%, comprenant la Crimée et des zones du bassin industriel du Donbass, étaient déjà sous contrôle russe ou de séparatistes pro-russes avant l'invasion de février 2022.
- Point sur les négociations -
L'administration américaine du président Donald Trump a poussé à la fin des combats en organisant des cycles de négociations entre les deux camps à Abou Dhabi et Genève.
Les trois pays se sont réunis à Genève fin février, quelques jours avant le début des frappes américaines contre l'Iran.
Les discussions trilatérales sont de facto gelées depuis même si Moscou et Kiev se disent tous deux prêts à les reprendre.
Les progrès vers une fin du conflit sont lents, notamment en raison de divergences sur la question territoriale.
L'Ukraine a proposé de geler le conflit le long des lignes de front actuelles.
Mais la Russie rejette cette option, exigeant que l'Ukraine cède l'ensemble des territoires de la région de Donetsk encore sous son contrôle. Ce que Kiev refuse.
Les deux parties ne sont pas non plus parvenues à s'entendre sur le sort de la centrale nucléaire de Zaporijjia occupée par l'armée russe.
- "Bonne stratégie" -
En Ukraine, la population est largement sceptique sur l'efficacité de la trêve annoncée.
"Nous pensons qu'un cessez-le-feu est la bonne stratégie pour faire avancer les efforts diplomatiques", a déclaré le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiga.
L'analyste russe Konstantin Kalatchev a souligné que la trêve serait "de courte durée". "S'agissant de la volonté de compromis, la Russie ne semble pas encore prête à revoir ses exigences à la baisse", a-t-il dit à l'AFP.
Le blogueur militaire pro-Kremlin Rybar estime que la trêve pourrait permettre "d'évacuer les corps des morts ou même des blessés, ce qui est devenu quasiment impossible à cause des drones".
V.Bellini--MJ