Carburants: "il y a une limite à la douleur", dit l'Iata pour les compagnies aériennes
"Il y a une limite à la douleur" que peuvent encaisser les compagnies aériennes avec la hausse des prix des carburants, affirme à l'AFP l'économiste en chef de leur organisation professionnelle, la Suédoise Marie Owens Thomsen.
Interrogée par l'AFP lors d'un Forum sur l'aviation durable de l'Association du transport aérien international (Iata) à Bruxelles, Mme Owens Thomsen prévient du risque de faillites ou de rachats pour les compagnies les plus fragiles.
Réponse : Tout ce qu'on veut que nous fassions, on ne nous fournit pas de quoi y parvenir, et c'est évidemment problématique. Pas assez de carburants d'aviation durables, et des réglementations qui se contredisent ou qui s'empilent, ce qui fait que c'est impossible pour les compagnies de s'y conformer. Elles doivent choisir lesquelles enfreindre. Je ne veux pas nous victimiser, mais c'est la réalité.
R : Cela complique tout pour absolument tout le monde. Le carburant, c'est normalement 31 % des coûts de base. Aujourd'hui le prix du kérosène est environ 70 % plus élevé qu'il y a un an. Imaginez ce que cela fait à un ménage. Beaucoup consacrent environ 25 % ou 30 % de leurs revenus au logement. Que se passerait-il si du jour au lendemain ce coût augmentait de 70 % ? Ce serait la panique. Ce n'est pas pour dire que les compagnies paniquent, mais elles ont ce genre d'arme à feu sur la tempe. Des mesures drastiques vont devoir être prises. Et le problème est que les compagnies aériennes n'ont jamais fait de profits considérables. Le secteur n'a jamais eu une rentabilité nette supérieure à 5 %. Cela signifie que les compagnies n'ont jamais eu l'occasion de solidifier leur bilan, alors que c'est ce dont on a besoin pour survivre à une crise prolongée.
R : C'est sûr. C'est une réalité économique qui ne concerne pas uniquement les compagnies aériennes : toute activité doit couvrir ses coûts. Donc assurément, il y a une limite à la douleur qu'une entreprise dans une telle situation peut encaisser. Quand elles n'ont plus de réserves, elles doivent se tourner vers le marché, et emprunter. Et quand le bilan est déjà endommagé, le taux d'intérêt va être vraiment élevé. Il n'y a pas d'issue qu'on entrevoit pour ces compagnies en difficulté. Donc soit elles s'arrêtent, soit elles doivent trouver un acheteur. Et cela va avoir d'autres répercussions. Ce n'est pas un problème que pour les compagnies aériennes : nous allons voir plus de faillites.
S.Grasso--MJ