"On doit pousser les bateaux": le lac d'Annecy se vide à vitesse grand V
Des bancs de sable blanc se dévoilent et les bateaux restent à quai, faute de fond suffisant dans les eaux cristallines du lac d'Annecy qui, sous un soleil bleu persistant, baisse d'un centimètre par jour et se rapproche de son niveau le plus bas.
"C'est la première fois que je vois une plage, et les gens marcher aussi loin dans le lac", constate Jean-Marc Djian, un habitant de la Venise des Alpes qui profite des nouveaux espaces de sable pour promener son chien.
Par rapport à la normale, "le lac a perdu 60, 70 centimètres", relève Céline Fournel, responsable d'exploitation de la Compagnie des Bateaux d'Annecy. Et faute de pluies annoncées dans les prochains jours, la situation n'est pas prête de s'améliorer.
"Le chenal est rempli, toutes les places sont occupées, c'est un peu tristounet", dit-elle à l'AFP, en montrant de nombreuses embarcations à quai. "Ca fait mal au coeur."
Sa compagnie a dû se résoudre à immobiliser son bateau-restaurant: avec un tirant d'eau minimum d'environ 40 cm, le Libellule risque de s'échouer et d'endommager la coque si la capitaine tente la moindre traversée.
"J'ai été très déçue au départ", regrette Sylvie, une Parisienne attablée à bord du navire pour une expérience romantique avec son compagnon, finalement rassérénée par une compensation financière.
- "Au large" -
Après un été particulièrement sec, quasiment aucune pluie n'est tombée sur la France en septembre, maintenant la sécheresse des sols à un niveau historique pour cette période de l'année.
La Haute-Savoie, normalement bien arrosée, ne fait pas exception et la ville d'Annecy est placée en alerte renforcée sur le site VigiEau, ce qui impose des restrictions à la consommation d'eau potable.
Le lac, alimenté par des sources de montagnes, approvisionne les réseaux d'eau de 34 communes, ce qui n'est pas remis en question.
Mais sa cote de référence, autour de 60 cm en basses eaux, est actuellement à 20 cm et ne cesse de baisser. "On perd à peu près un centimètre par jour", affirme Pierre Bruyère, président du Syndicat mixte du lac d'Annecy (Sila).
"On est sur la tendance de 2018", quand le niveau avait frôlé le zéro, au plus bas depuis 1947, poursuit-il.
Si l'ensoleillement permet toujours de sortir canoës et kayaks sur le lac, depuis le 15 août, "on doit pousser les bateaux environ 150 mètres plus loin", déplore Nathan Nous, 24 ans, qui loue des pédalos.
"Maintenant, il faut faire embarquer les clients carrément plus loin, au large", poursuit-il. "C'est compliqué..."
- Biodiversité -
"Mis à part le volet esthétique, c'est une très bonne chose qu'il y ait une variation" pour le bien-être de la faune et de la flore, relativise le président du Sila.
A la surface, vers un canal près du centre-ville, cygnes et foulques pataugent près des algues.
Quant aux plantes aquatiques comme les roseaux et les scirpes, elles profitent des fluctuations du niveau du lac afin de "se régénérer", poursuit M. Bruyère.
Ce phénomène, quand il est engendré par des actions humaines, s'appelle le marnage, précise-t-il, ravi de voir le processus s'effectuer naturellement.
Il note toutefois que cet aspect bénéfique intervient plutôt autour de la cote 60, un minimum qui permettrait à "tout le monde d'exercer son activité dans de bonnes conditions".
L.Bisset--MJ