Fortes chaleurs et diabète: une combinaison potentiellement risquée
Glycémie perturbée, hydratation contrariée, instruments de suivi déréglés: les fortes chaleurs, désormais plus fréquentes et plus longues, peuvent être synonymes de risques augmentés pour les diabétiques, avertissent des spécialistes, mais plusieurs précautions aident à s'adapter.
L'impact déstabilisant d'une vague de chaleur, Jean-François Thébaut l'a vécu "il y a deux ans, dans le sud de la France".
"C'est arrivé insidieusement: il faisait très chaud mais j'étais dans une maison avec piscine. En quelques jours, j'ai perdu presque 5 kg et, comme je suis plutôt rond, j'étais assez content", raconte à l'AFP ce vice-président de la Fédération française des diabétiques.
Jusqu'à ce que ce cardiologue, alors âgé de 75 ans, perçoive des "signaux d'alarme": des malaises d'hypotension et une très grande fatigue, liés à une déshydratation.
"J'ai dû corriger ça, notamment en arrêtant des médicaments contre le diabète qui faisaient uriner" et accentuaient la déshydratation.
Le diabète, maladie chronique en progression constante depuis une vingtaine d'années, se caractérise par un excès permanent de glucose dans le sang.
Deux types principaux existent: le diabète de type 1, dû à une absence de sécrétion d'insuline par le pancréas, et celui de type 2, majoritaire, lié à une mauvaise utilisation de l’insuline par l'organisme.
Lorsque les températures s'envolent, la maîtrise du diabète peut être perturbée par une déshydratation mais aussi par des changements d'alimentation et d'activité physique. Car tous ces phénomènes peuvent affecter le niveau de glucose dans le sang.
Quand il fait très chaud, le corps humain transpire davantage pour réguler son thermostat interne et peut perdre beaucoup d'eau, ainsi que de sels minéraux. S'il n'est pas assez hydraté, le sucre se concentre dans le sang, ce qui peut entraîner une hyperglycémie. Mais une hypoglycémie peut aussi survenir par temps caniculaire.
Attention à "ne pas faire d'efforts trop importants sans s'hydrater, sinon ça peut perturber la glycémie", avertit Jean-François Thébaut.
Et si "l'activité physique fait partie du traitement du diabète, avec la chaleur, on conseille de l'adapter pour éviter coups de chaud et déshydratation, par exemple d'aller à la piscine", complète Jean-Marc Brouart, président de la fédération et pompier professionnel, qui vit avec un diabète de type 1.
- Mesurer plus fréquemment sa glycémie -
L'alimentation est aussi à surveiller.
"Cerises ou melons par exemple sont très sucrés. A l'inverse, on risque de manger davantage de salades et moins de plats avec des glucides complexes (riz, cassoulet...)", détaille Jean-François Thébaut.
Si l'appétit diminue parfois lorsqu'il fait plus de 30 degrés, des repas légers, avec des glucides complexes et des aliments riches en eau, sont conseillés.
Alcool, boissons sucrées et/ou caféinées sont à éviter.
Mesurer plus fréquemment sa glycémie et ajuster au besoin sa dose d'insuline sont aussi recommandés.
Par temps caniculaire, certains diabétiques sont plus à risque: les personnes âgées, souvent atteintes d'autres pathologies, celles sous insuline et les enfants.
"Les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires, dont certains diabétiques, ont aussi un risque accentué: elles transpirent beaucoup, ont plus de risques de déshydratation et les problèmes cardiaques sont beaucoup plus importants", note le président de la fédération.
En plus de perturber le métabolisme, la chaleur peut aussi altérer les dispositifs de mesure de la glycémie (lecteurs, bandelettes de test ou électrodes) et les médicaments.
"Vous ne devez pas exposer votre matériel au soleil, ni à des températures élevées, ni à de fortes variations de températures ni à une atmosphère trop humide", souligne ainsi l'Assurance maladie sur son site internet.
"Si vous devez vous déplacer, transportez les bandelettes et solutions de contrôle dans leur emballage d'origine placé dans des pochettes isothermes sans glace", conseille-t-elle.
Et, en cas de déshydratation, il est difficile d'obtenir une goutte de sang pour son auto-surveillance.
Quant à l'insuline, elle est à conserver au froid, au réfrigérateur -mais pas au congélateur- ou dans un sac isotherme. "Si le stylo d'insuline est dans la voiture et qu'il fait 50 degrés dans l'habitacle, ça peut dégrader le produit", avertit Jean-François Thébaut.
Face aux fortes chaleurs, résume Jean-Marc Brouart, les diabétiques doivent "faire attention comme tout le monde, mais être encore plus vigilants vu leur pathologie".
A.Galli--MJ