Dans le lagon de Mayotte après Chido, il faudra "10 à 15 ans" pour retrouver des récifs coralliens à l'identique
À bord de son bateau, Nicolas Cortes scrute le fond du lagon de Mayotte et se souvient: "Avant, on ne savait pas où s'arrêter tellement tout était joli." Un an après le cyclone Chido, la double barrière de corail a perdu 66% de ses récifs et il faudra "10 à 15 ans" pour en retrouver à l'identique.
Chido a frappé Mayotte en décembre 2024, cumulant ses effets avec des épisodes de blanchiment - causés par la chaleur - qui avaient déjà fragilisé les récifs la même année. La mortalité corallienne oscille entre 26% et 88% selon les sites, selon le Parc naturel marin de Mayotte.
Ce jour de fin février, Nicolas Cortes, plus habitué à faire découvrir aux touristes ce lagon figurant parmi les plus grands du monde avec 1.500 km², transporte une équipe de chercheurs de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et de l'Université de La Réunion.
Ils partent vers les récifs du nord du lagon, dans le cadre du programme Future Maore Reefs, lancé en 2021 pour comprendre la résilience des récifs et proposer des solutions durables face aux pressions qui pèsent sur les coraux.
Les chercheurs testent notamment le bouturage, en expérimentant différentes associations d'espèces de coraux pour "recommander une méthode de restauration soutenable et résiliente dans le temps" au cas où une politique était menée en ce sens, détaille Aline Tribollet, directrice de recherche à l'IRD.
Sur certains sites, le constat est amer. À La Prévoyante, au large du port maritime de Longoni, "aucune reprise". À l'Île Blanche, plus proche du rivage, le récif retourné est désormais visible à marée basse.
- "Ça repart" -
Sur le site de La Surprise, les résultats sont plus encourageants: plus de 80% des boutures ont résisté à la houle.
À six mètres sous l'eau, Aline Tribollet effectue des prélèvements sur le béton et le basalte qui composent la structure sur laquelle sont plantées les coraux, avant de prélever des échantillons de coraux morts sur un récif naturel à proximité.
Elle montre une colonie de 15 cm commençant à pousser sur un corail tabulaire - coraux formant de larges surfaces horizontales - mort, retourné par la tempête. Si tout le haut du récif a été rasé, en contrebas, des colonies ont tenu bon et des coraux dispersés dans le sable repoussent. "Ça repart", se réjouit la chercheuse.
Son collègue François Guilhaumon, chargé de recherche à l'IRD, photographie les récifs naturels voisins, au pied desquels git un tapis de coraux branchus emportés par le cyclone.
Il utilise la photogrammétrie, une technique de prises de vue multiples sous différents angles, pour produire des imageries 3D des structures coralliennes. Plus celles-ci "sont complexes, plus elles peuvent servir d'habitat pour les poissons et freiner l'énergie de la houle", explique-t-il.
Un impact loin d'être négligeable. Pendant Chido, le récif a joué ce rôle de protection: alors que la houle atteignait neuf mètres à l'extérieur du lagon, elle a été réduite à quatre à cinq mètres à l'intérieur, cassée par la barrière.
Les relevés scientifiques permettront d'étudier "la dynamique des communautés coralliennes pour voir comment elles évoluent dans le temps", précise Aline Tribollet. Les jeunes pousses coralliennes, elles, "auront besoin de 10 à 15 ans pour former des récifs plus ou moins identiques à avant".
Mais toute solution de restauration "ne sera soutenable et durable qu'en réduisant de manière importante les pressions d'origine humaine", prévient la chercheuse, au moment où Mayotte pousse pour faire de son lagon un candidat au patrimoine mondial de l'Unesco.
C.Gatti--MJ