"Réformer la police de la cave au grenier" : les relations tumultueuses entre LFI et les policiers
"La police tue" : cette accusation assénée à plusieurs reprises par des élus de la France insoumise (LFI), dont son chef de file Jean-Luc Mélenchon, entretient l'hostilité réciproque entre le parti et les policiers qui, pour certains, redoutent l'arrivée au pouvoir en 2027 du leader de gauche radicale.
Devant des jeunes lors d'une conférence à la prestigieuse école de commerce HEC début octobre, Jean-Luc Mélenchon a une nouvelle fois dénoncé "l'insupportable violence policière".
Le candidat à la présidentielle a expliqué pourquoi il a "dit un jour +la police tue+", alors qu'il croyait à "la police, la justice". "Je ne crois pas à des gens qui abattent quelqu'un d'autre parce qu'il refuse d'obtempérer", a-t-il exposé.
"Cette troupe n'est plus tenue, elle n'en fait qu'à sa tête et dans sa tête il y a des idées pourries, racistes", a-t-il dénoncé en plein mouvement lycéen, marqué par des interventions policières au cours desquelles des jeunes ont été blessés, parfois gravement.
Dimanche, au lendemain de la mobilisation sociale qui a viré au chaos, Jean-Luc Mélenchon a minoré sur LCI les violences commises sur les forces de l'ordre : "ça s'appelle les risques du métier".
Et à la question s'il reprenait le slogan "ACAB" (tous les flics sont des bâtards, NDLR), il a répondu : "ça dépend des jours et des heures".
- "Retirer les armements dangereux" -
Ces dernières années, les relations entre la police et LFI ne cessent de se dégrader.
Régulièrement, des élus insoumis reprennent l'accusation "La police tue".
Ce discours anti-flic "crée un climat de tension systématique", soupire Yoann Maras, délégué national du syndicat policier Alliance.
"LFI a réussi à mettre cette petite musique dans la tête des jeunes, que la police, c'est l'ennemie, que l'ordre c'est l'ennemi", estime-t-il.
Le député LFI Antoine Léaument a énuméré les grandes lignes du projet sécurité du parti début octobre devant la commission des lois de l'Assemblée sur la gestion du mouvement lycéen.
"Un ministre de l'Intérieur Insoumis n'attendra pas que des enfants soient mutilés pour retirer les armements dangereux de maintien de l'ordre", a-t-il assuré, en référence notamment au lycéen à la main arrachée par une grenade policière le 5 octobre à Lens.
"Il interdira les LBD (lanceurs de balles de
défense) et les grenades mutilantes", a-t-il énoncé, promettant la dissolution de la Brigade de répression de l'action violente motorisée (Brav-M).
Il "refondra la police de la cave au grenier pour lutter contre le racisme, le sexisme et l'homophobie", a-t-il ajouté, évoquant le remplacement de l'IGPN, la "police des polices", par "une structure réellement indépendante".
- Programme "d'affichage" -
"Des mesurettes technopolitiques", balaie un commissaire en police judiciaire. Le programme insoumis en matière de sécurité est "assez creux, c'est beaucoup d'affichage", juge-t-il.
La Brav-M est pour LFI "une espèce de pantin symbolique, ils veulent en faire une réincarnation des voltigeurs", unité motorisée supprimée après la mort de Malik Oussekine en 1986, dit-il, regrettant l'absence de réflexion sur "l'intérêt tactique du maintien de l'ordre".
"Ils ne connaissent pas nos missions ni ce que l'on fait", estime M. Maras, dénonçant "du clientélisme électoral".
"Je ne peux pas imaginer que des personnes sérieuses mettent en application ce genre de programme", renchérit Linda Kebbab, secrétaire nationale du syndicat Un1té.
Comment réagiront les policiers en cas de victoire de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle ?
Les deux syndicalistes rappellent que "les policiers sont républicains" et ont travaillé avec des gouvernements de droite comme de gauche.
Mais, prévient Yoann Maras, si un ministre de l'Intérieur Insoumis "veut enclencher une réforme, il aura face à lui des syndicats de policiers qui défendront le métier de policier".
"La société est tellement polarisée que certains candidats, s'ils deviennent président, l'un ou l'autre, ça génèrera une situation d'insurrection dans la population", considère Linda Kebbab. "Et là, Mélenchon sera bien content d'avoir sa police et (...) qu'elle soit armée".
"Si on a une IGPN plus rude (...), si à chaque fois qu'on intervient, on encourt des sanctions, on ne fera plus rien", avertit le commissaire, estimant que "la police est très largement sanctionnée par rapport aux autres fonctions publiques".
Et "si LFI prend des mesures à l'emporte-pièce sur les moyens, la sécurité, au premier drame, ils vont être rattrapés".
Pour Yoann Maras, "entre un discours avec des ambitions électorales et l'exercice de la réalité du pouvoir, ce sera peut-être compliqué de réformer la police de la cave au grenier".
P.Sartori--MJ