Monaco Journal - Explosion de la rue de Trévise: le procès de la Ville de Paris s'est ouvert

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Explosion de la rue de Trévise: le procès de la Ville de Paris s'est ouvert
Explosion de la rue de Trévise: le procès de la Ville de Paris s'est ouvert / Photo: Thomas SAMSON - AFP/Archives

Explosion de la rue de Trévise: le procès de la Ville de Paris s'est ouvert

Le procès de l'explosion accidentelle au gaz d'un immeuble de la rue de Trévise, à Paris, qui avait fait quatre morts et 200 blessés, s'est ouvert mardi dans une salle quasi-comble du tribunal correctionnel de la capitale.

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"Il faut que le procès nous donne la vérité. Moi je veux savoir qu'est-ce qui s'est passé le 12 janvier 2019", a exhorté quelques minutes avant le début de l'audience l'une des victimes, Angela Grignano, gagnée par l'émotion.

Cette Italienne était venue en France pour devenir danseuse, l'explosion lui a partiellement arraché la jambe gauche. Pour elle, le procès doit "mettre fin à ce qui s'est passé" et lui permettre de "recommencer à vivre vraiment".

Le drame avait fait également 400 sinistrés.

La Ville de Paris et le syndic de l'immeuble, qui plaideront la relaxe en tant que personnes morales, sont poursuivies notamment pour homicides et blessures involontaires. Face à elles, quelque 200 parties civiles. Le procès doit durer sept semaines.

Me Samia Maktouf, avocate d'une centaine de victimes, compte sur ce procès pour mettre au clair les responsabilités de chacun: "Pourquoi rien n'a été fait, pourquoi les recherches n'ont pas été engagées pour trouver l'origine de cette fuite de gaz et empêcher ces morts et ces vies bouleversées?", a-t-elle interrogé avant l'ouverture des débats.

Elle regrette que les mis en cause ne soient que des "personnes morales" alors que, selon elle, "il y a forcément une personne physique qui devrait rendre compte de ce qu'elle a fait ou de ce qu'elle n'a pas fait".

Le 12 janvier 2019, à 8H59, la violente explosion avait éventré un immeuble et endommagé une quinzaine d'autres dans la rue Trévise dans le IXe arrondissement de Paris, à deux pas des Grands Boulevards.

Les voitures calcinées, vitrines déchiquetées et fenêtres soufflées avaient achevé de défigurer tout un pâté de maisons cossu.

Parmi les quatre tués, deux pompiers qui appartenaient à une équipe intervenue sur place une dizaine de minutes plus tôt en raison d'une forte odeur de gaz.

- "Diligence et professionnalisme" -

Après plusieurs expertises, l'enquête a relevé des "fautes d'imprudence et de négligence de la Ville de Paris" : elle n'a pas, selon l'accusation, diligenté "les investigations nécessaires pour rechercher les causes de l'affaissement du trottoir".

Situé devant le porche de l'immeuble, celui-ci avait fait l'objet de plusieurs reprises dès 2015. Or, c'est cet affaissement qui avait entraîné la "rupture brutale" d'une canalisation de gaz à l'origine de l'explosion.

De son côté, le syndic de copropriété a tardé "à faire procéder à la réparation du collecteur d'eaux usées de l'immeuble", alors qu'il était informé "dès le 25 novembre 2015" d'une fuite, selon l'ordonnance des juges d'instruction qui avaient renvoyé les deux personnes morales devant le tribunal correctionnel.

"Les écoulements d'eau dans la terre ont nécessairement contribué à fragiliser le terrain" et sont "la seule cause possible" de l'affaissement : "le sol ne remplissait plus sa fonction et ne soutenait plus la canalisation de gaz qui s'est rompue net sous son poids par une unique rupture transversale générant une importante fuite de gaz souterraine", avaient poursuivi les magistrats instructeurs.

Les investigations se sont appuyées sur deux rapports d'expertise fin 2019 et 2020, puis une contre-expertise en 2023.

D'autres expertises ont également été réalisées dans la procédure civile de l'affaire, avec des conclusions parfois divergentes : un expert a par exemple suggéré, dans le volet civil, la responsabilité de GRDF, alors que le gazier n'a pas été inquiété pénalement - l'entreprise s'est au même constituée partie civile.

Par la voix de ses deux avocats, Mes Sabrina Goldman et Patrick Klugman, la Ville de Paris avait exprimé la semaine dernière "sa profonde solidarité avec les victimes", "sans jamais nier (leur) douleur". Mais elle entend démontrer son innocence en estimant que "ses services ont agi avec diligence et professionnalisme et aucun manquement de leur part n'est à l'origine de l'accident".

L.Brambilla--MJ