Monaco Journal - "On devient fous": à Dubaï, l'angoisse de touristes français en déroute

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"On devient fous": à Dubaï, l'angoisse de touristes français en déroute
"On devient fous": à Dubaï, l'angoisse de touristes français en déroute / Photo: FADEL SENNA - AFP

"On devient fous": à Dubaï, l'angoisse de touristes français en déroute

Ils étaient venus passer quelques jours "au soleil et en sécurité" mais se retrouvent coincés dans un palace de Dubaï sans vol retour: comme de nombreux touristes, Orazio et son épouse Linda, des Français de Cambrai (Nord), commencent à angoisser.

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Orazio et Linda Tuccio, qui tiennent un restaurant italien à Cambrai, étaient venus "se reposer" à Dubaï, découvrir cet émirat "spectaculaire", "où il se passe beaucoup de choses commercialement", racontent-il à l'AFP au téléphone.

Après cinq jours paisibles, leurs vacances ont tourné au vinaigre depuis le 28 février, quand les États-Unis et Israël ont commencé leurs frappes contre l'Iran, déclenchant des ripostes iraniennes notamment vers les Emirats arabes unis, alliés de Washington.

La richissime fédération au bord du Golfe a été visée par plus de 800 drones et 2.000 missiles en quelques jours.

"Un hôtel où on avait dîné la veille a été touché", puis mardi le consulat américain, attaqué par un drone près de la marina. "On était allé voir un spectacle de fontaines, on a entendu voler un engin arrivé de nulle part à très grande vitesse, comme une fusée, on nous a dit que c'était un drone, et il y a eu une déflagration vraiment pas loin", raconte Orazio.

Depuis, fini la plage et les visites, "on n'a plus du tout la tête à ça, on a peur, on s'inquiète pour notre restaurant, on est à l'hôtel toute la journée, à stresser, chercher des solutions, échanger au téléphone avec nos proches", poursuit Orazio. "On devient fou".

- "Risque missile" -

Sorti brièvement prendre l'air jeudi soir, Orazio a dû s'abriter dans une galerie commerciale en raison d'une alerte aux missiles.

Vendredi à la mi-journée, après une nouvelle alerte reçue par SMS, le sexagénaire rejoint avec son épouse tous les clients de leur hôtel dans son imposant hall: il faut se mettre au centre du bâtiment, "loin des portes-fenêtres", explique-t-il.

Là, ils retrouvent Sabine, aide-soignante, et son mari David, venus de Rodez avec leur fille de 15 ans pour découvrir le désert en 4X4, la plus haute tour du monde, Burj Khalifa, et profiter du "soleil en sécurité".

"C'est vrai qu'ici tu peux garder ton portable dans ta poche, pas de risque", souligne Sabine dans une conversation téléphonique avec l'AFP.

"Par contre, ils avaient oublié le risque de missile", avoue Orazio, "on se rend compte qu'on est près d'une mine géante".

Sabine, qui a entendu les premières explosions samedi depuis un énorme parc aquatique, est surtout inquiète de "ne pas savoir quand on va rentrer".

Son vol retour qui était prévu le 1er mars a été annulé, et la compagnie a reprogrammé un vol pour le 12 mars, sans certitude. L'ambassade de France qu'elle a contactée lui a conseillé de tenter de partir par leurs propres moyens, via Oman ou l'émirat voisin d'Abou Dhabi, raconte-t-elle, dépitée.

Compliqué et coûteux, selon elle: les vols Emirates, plus fiables, et ceux depuis Oman ou Abou Dhabi s'arrachent à plus de 10.000 dollars le billet d'avion, selon les voyageurs.

Orazio et Linda n'ont "aucune nouvelle" de leur compagnie aérienne, et regrettent ne pas avoir "d'explication des autorités françaises sur les rapatriements".

Le ministre français des Transports, Philippe Tabarot, a assuré jeudi que le gouvernement allait poursuivre les vols de rapatriement au Moyen-Orient "dans les meilleures conditions de sécurité" possibles, après qu'un avion affrété pour rapatrier des Français depuis les Emirats a fait demi-tour en raison de tirs de missiles dans la zone.

Selon les estimations du ministère des Affaires étrangères, 5.000 personnes coincées au Moyen-Orient auraient demandé à revenir le plus rapidement possible en France.

"Les deux/trois premiers jours ça allait, mais là ça dure, on ne sait pas si on pourra partir la semaine prochaine, dans deux semaines, ça commence à paniquer", souligne Orazio.

En attendant, il paie chaque jour l'hôtel, en espérant que c'est la dernière nuit.

P.Caruso--MJ