UE/Migration : les discussions sur les "hubs de retour" s'intensifient
Les moyens d'accélérer le renvoi hors de l'UE de migrants déboutés du droit d'asile seront au menu d'une réunion ministérielle jeudi, alors que plusieurs pays membres mettent les bouchées doubles pour créer des "hubs de retour" dans des pays tiers.
Le conseil des ministres européens de l'Intérieur, qui se tiendra à Luxembourg, devrait donner son feu vert final à un règlement européen autorisant la création de tels centres de rétention en dehors de l'UE, sur fond de montée des mouvements anti-immigration à travers l'Europe, comme illustré par la percée électorale de l'AfD en Allemagne.
Le Danemark, l'Autriche, la Grèce, l'Allemagne et les Pays-Bas travaillent activement à la mise en place de ces centres, surnommés les "hubs de retour", l'Ouganda et surtout le Rwanda étant cités comme susceptibles d'en accueillir.
Ces deux pays semblent tout à fait ouverts à cette idée, selon les eurodéputées écologistes Anna Strolenberg et Tineke Strik, qui viennent d'y effectuer une visite.
"Le Rwanda est probablement le premier pays avec lequel un accord pourra être conclu", a estimé Anna Strolenberg, une élue néerlandaise.
Cette semaine, le ministre grec des Migrations Thanos Plevris a assuré qu'un centre de rétention permettant le renvoi de migrants "vers un pays d'Afrique" "sera opérationnel (...) au second semestre 2027", mais sans préciser où il serait installé.
- Crise à Ceuta -
Les défenseurs de ces centres de rétention situés dans des pays tiers estiment qu'ils faciliteront les expulsions et dissuaderont les entrées irrégulières dans l'UE.
Mais les opposants mettent en doute leur efficacité, et s'inquiètent d'un risque de créer des "trous noirs juridiques", où les droits fondamentaux des migrants ne seraient plus totalement respectés.
Par ailleurs, ce sera la première réunion non virtuelle des ministres chargés de l'immigration depuis l'entrée en force et massive, fin juillet, de dizaines de milliers de migrants à Ceuta, enclave espagnole frontalière du Maroc.
Si la plupart sont repartis très rapidement du territoire espagnol, Ceuta reste plongé dans une crise humanitaire. Et cette affaire a mis à l'épreuve la sécurité des frontières européennes, et créé des tensions diplomatiques entre Rome et Madrid.
L'Espagne devrait présenter un nouveau bilan de la situation dans l'enclave, et les ministres devraient débattre de propositions pour empêcher et mieux gérer de tels épisodes.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen avait proposé le mois dernier un nouveau mécanisme de "réponse d'urgence", pour répondre notamment à des situations où "des mouvements de masse" aux frontières de l'Union européenne "sont orchestrés et utilisés comme arme".
Et l'UE travaille à d'autres initiatives pour améliorer la sécurité de ses frontières extérieures, par exemple en permettant à l'agence européenne Frontex de surveiller les réseaux sociaux.
E.Fournier--MJ