Au port égyptien frappé par un drone, une course contre la montre pour éviter le pire
Ils sont convaincus d'avoir échappé au pire: dans le port égyptien de Damiette, où deux navires gaziers ont été frappés cette semaine par un drone, des officiers ayant combattu l'incendie racontent leur course contre la montre face à une "bombe prête à exploser".
A eux deux, l'unité flottante de stockage et de regazéification Energos Winter (exploitée par une société américaine) et le méthanier GasLog Salem (armateur grec) peuvent transporter jusqu'à 300.000 mètres cubes de gaz.
"Tout le port aurait pu exploser, ainsi qu'une partie de la ville de Damiette", confie le capitaine d'un bateau égyptien de lutte contre les incendies, qui a aussi craint que les flammes ne se propagent aux installations gazières voisines de cette cité du delta du Nil comptant plus de 300.000 habitants.
"Pendant que je combattais l'incendie, je ne pensais qu'à protéger le port et les habitants de Damiette", ajoute-t-il sous couvert d'anonymat.
L'attaque de mercredi, une première en Egypte depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, n'a pas été revendiquée. Les autorités n'ont pas désigné de responsable et il pourrait falloir "beaucoup de temps" avant la publication des conclusions de l'enquête, dit à l'AFP une source sécuritaire.
- "Personne n'a vu le drone" -
Un autre officier raconte que lui et ses collègues avaient été avertis avant d'aller combattre les flammes qu'ils pourraient ne pas revenir vivants.
Il décrit une première explosion à bord du GasLog Salem vers 14h10 (11h10 GMT). Puis, "une dizaine de minutes plus tard, nous avons entendu une seconde explosion sur l'Energos Winter", explique-t-il. "Elle a été bien plus violente et a déclenché un incendie beaucoup plus important".
Le capitaine salue la réaction rapide de l'équipage du premier bateau, qui a fermé les vannes des réservoirs de gaz, permettant de contenir le feu. L'incendie à bord a été maîtrisé en moins de deux heures. La situation s'est en revanche révélée bien plus complexe sur l'Energos Winter, où les flammes ont continué de brûler jusqu'à environ 20h00, après l'évacuation rapide de l'équipage.
Les secours ont déployé quatre remorqueurs anti-incendies autour de chacun des navires, les ont séparés puis éloignés des infrastructures sensibles du port tout en poursuivant les opérations d'extinction.
Selon l'un des officiers, la seconde explosion se serait produite au niveau du point de raccordement entre les deux bâtiments.
Lors d'une réunion gouvernementale jeudi, le Premier ministre Moustafa Madbouly a indiqué que les navires avaient été déplacés par crainte "d'une explosion susceptible d'affecter l'ensemble du port".
Aucun des deux officiers n'avait d'abord compris qu'il s'agissait d'une attaque de drone. "Personne n'a rien vu. La seule alerte que nous avons reçue concernait un réservoir sous haute pression", raconte l'un d'eux.
Les enquêteurs ont ensuite récupéré des débris du drone sur les deux navires, une fois les incendies maîtrisés. Le capitaine estime que l'engin était probablement "de petite taille", puisqu'il a échappé à la fois aux systèmes de défense aérienne et aux caméras de surveillance du port.
- "Pas la guerre de l'Egypte" -
S'exprimant sous couvert d'anonymat en raison de l'enquête en cours, le responsable sécuritaire qualifie l'affaire de "complexe et déroutante", tout en assurant que les autorités finiraient par identifier les auteurs de l'attaque.
"Nous avons déjà récupéré une grande partie des débris du drone et les recherches se poursuivent pour retrouver les fragments restants", a-t-il indiqué à l'AFP.
Cette attaque rappelle celles ayant visé plusieurs alliés de Washington dans le Golfe depuis le début de la guerre avec l'Iran, mais elle constitue une première sur le territoire égyptien.
Les autorités égyptiennes ont appelé à éviter "l'escalade" et les "spéculations", tout en gardant un contrôle étroit sur le récit médiatique autour de l'incident.
Le Caire joue un rôle de médiateur régional, qu'il semble peu disposé à abandonner, même après avoir été lui-même visé.
La source sécuritaire a ajouté que l'Egypte ne tirerait aucune conclusion avant la fin de l'enquête. Mais "ce n'est pas la guerre de l'Egypte et nous ne nous laisserons pas provoquer", a-t-elle affirmé.
M.Bernard--MJ