Monaco Journal - A Nice, des centaines d'enfants marqués à vie par l'attentat du 14-Juillet

Euronext
AEX 0.08% 1084.23
BEL20 -0.95% 5594.08
PX1 0.15% 8338.97
ISEQ 0.39% 13884.39
OSEBX -0.42% 1932.39 kr
PSI20 -0.19% 9106.84
ENTEC -0.41% 1416.23
BIOTK -2.86% 4458.96
N150 0.15% 4186.5
A Nice, des centaines d'enfants marqués à vie par l'attentat du 14-Juillet
A Nice, des centaines d'enfants marqués à vie par l'attentat du 14-Juillet / Photo: Valery HACHE - AFP/Archives

A Nice, des centaines d'enfants marqués à vie par l'attentat du 14-Juillet

Ils étaient autour de 3.000 au feu d'artifice, 15 ont été tués, des dizaines blessés et des centaines traumatisés : l'attentat du 14 Juillet 2016 sur la Promenade des Anglais à Nice a frappé un nombre d'enfants inédit en Europe.

Taille du texte:

Il y a ce bébé de 18 mois que sa mère a jeté avant d'être percutée par le camion, cette petite fille de 4 ans plaquée au sol pour passer entre les roues, ce garçon de 10 ans chargé de couvrir les yeux de son petit frère pour l'empêcher de voir le carnage, cette enfant de 12 ans brûlée sur tout le corps, cette adolescente de 13 ans qui a perdu sa soeur jumelle...

Dix ans après l'attentat qui a fait 86 morts et des centaines de blessés, les mineurs représentent 25% des près de 3.000 victimes indemnisées par le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme.

Au total, les psychologues de l'hôpital pour enfants Lenval, situé sur la "Prom" quasiment à l'endroit où le camion a entamé sa course meurtrière, ont suivi plus de 700 enfants victimes, explique Arnaud Fernandez, responsable du Centre expert du psychotraumatisme pédiatrique (CE2P).

Cette structure pionnière en France créée six mois après l'attentat a bénéficié de l'expérience norvégienne après le massacre en juillet 2011 de l'île d'Utøya, où 69 militants travaillistes ont été tués, dont beaucoup d'adolescents.

L'équipe du CE2P collabore aussi avec les psychologues engagés auprès des jeunes victimes des attentats lors d'un concert à Manchester en mai 2017 (22 morts dont sept enfants) et sur les Ramblas à Barcelone trois mois plus tard (16 morts).

"Mais Nice, c'est vraiment un attentat particulier. Des familles entières. Des enfants. Une arme du crime qui est un objet du quotidien qu'on croise tout le temps. C'est ce qui ravive. Qui réactive. Et qui fait que ça ne passe pas", explique Hager Ben Aouissi, présidente de l'association "Une voie des enfants", qui accompagne encore 150 enfants victimes.

Frappés dans un contexte de sortie en famille, beaucoup des enfants victimes ont perdu des proches et doivent grandir avec des frères et soeurs, des parents, des grands-parents, des cousins eux-mêmes traumatisés.

Une publication du CE2P cite l'exemple d'un enfant de 4 ans resté des heures dans les bras de son père sous le choc, à la recherche d'un ami décédé. Dans ses jeux, l'enfant ne cessait d'allonger des figurines au sol et il lui a fallu des mois de suivi pour faire intervenir un camion de pompier.

- "Ils se rappellent de tout" -

Selon les résultats préliminaires d'une vaste étude "14-7" lancée par le CE2P auprès de centaines d'enfants victimes nécessitant un suivi, 80% d'entre eux ont présenté des troubles anxieux et 62% un syndrome de stress post-traumatique.

Et la proportion reste la même pour les plus jeunes. "On ne peut pas dire: +lui, il n'a que 2 ans, il va oublier+", note le Dr Fernandez.

"Il se rappellent de tous les détails, toutes les odeurs", confirme Mme Ben Aouissi. "Et quand ils pensent à leur enfance, ils ne pensent qu'à ça".

Crises d'angoisse, attaques de panique, cauchemars, maladies liées au stress, troubles alimentaires, troubles du sommeil, troubles de l'humeur, troubles de l'attention, dépression... Les conséquences sont légion.

La scolarité est souvent devenue un défi, d'autant que les camarades n'ont pas toujours été compréhensifs, surtout pour ceux qui étaient à Nice en vacances et se sont sentis isolés de retour chez eux.

Face aux besoins, le CE2P a mis en place tout une panoplie de soins, accélérant l'adaptation pour les plus jeunes de thérapies comportementales et cognitives et d'EMDR (qui utilise les mouvements oculaires), explique Morgane Gindt, psychologue. Si beaucoup de patients vont désormais mieux, "avec des hauts et des bas", le CEP2 suit encore 86 enfants, ce qui reste "colossal".

La guérison passe aussi par la création de nouveaux souvenirs. Ainsi, l'association "Une voie des enfants" a organisé en juin une sortie dans une caserne de pompiers intervenus le soir du drame, mais aussi à Clairefontaine juste avant le départ des Bleus pour le Mondial.

"Pour la première fois depuis presque dix ans, j'ai vu des enfants qui pleuraient de joie", raconte Mme Ben Aouissi.

S.Grasso--MJ